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Terra Nova

Un Think Tank de gauche, Terra Nova, est lancé en grande pompe. Enfin de gauche… La formule exacte, c’est : “Nous avons le plaisir de vous informer du lancement de la Fondation Terra Nova, nouvelle plate-forme intellectuelle de la gauche progressiste.” Gauche progressiste, chez moi, c’est un pléonasme. Sauf s’il s’agit de faire une dichotomie entre gauche progressiste et gauche réactionnaire/conservatrice. Dans ce cas précis, on comprend que “gauche progressiste” égale gauche mondialiste, néolibérale, etc. ; et qu’il s’agit de s’opposer à la “vieille gauche corporatiste”.

Un petit coup d’oeil sur l’organigramme de Terra Nova confirme cette première intuition. Le big boss est l’ancien dircab de DSK. Parmi les têtes figurent également un chef de l’ultraréac revue Esprit, et tous les intellectuels qui bossent comme satellites du PS (Weil, Savidan, Méda, Maurin). Comme syndicalistes c’est CFTC et CFDT, autant dire la crème de l’ultraréformisme. Il y a bien sûr l’inévitable bayro-strauss-kahnien de choc, Denis Olivennes.

On comprend que cette “structure”, selon l’hideux vocable du communiqué de presse, qui est censée rassembler des “intellectuels de gauche” (selon Rue89), va plutôt oeuvrer à la strauss-kahnisation du PS (s’il en était besoin).

Les intellectuels de gauche, ce ne sont pas les experts qui figurent dans l’organigramme de Terra Nova. Ces personnes sont plutôt des gens de pouvoir, des universitaires, des politiques. Le vrai intellectuel de gauche ne peut pas soutenir les dérives expertistes européistes néolibérales du PS et singulièrement de sa frange “social-démocrate”. L’intellectuel de gauche est, a contrario, un bordélique ; c’est moi - dont la pensée, à l’évidence, ne cadre dans nul Think Tank.

Terra Nova, qui veut absolument se présenter comme le pendant “à gauche” de l’Institut Montaigne (qui ne demandait pas une telle révérence, lui qui se voit gratifier d’un inquiétant léchage de cul par le journaliste de Rue89 - “Ce sera l’équivalent, mais à gauche, de l’Institut Montaigne, think tank d’inspiration plus libérale, piloté par le talentueux Philippe Manière.“), ajoutera donc une touche “progressiste” et soc-dém au concert d’institutions qui travaillent à la dérégulation et à l’avènement d’une société à l’américaine.

A quand un Think Tank étatiste libertaire ?

Schönheitsgeheimnisse

A la double invitation de Juan et de Nicolas, l’aryen que je suis va donc dévoiler ses “secrets de beauté”.

Mon fond de teint : J’ai dû en mettre deux ou trois fois dans ma vie
Un mascara : Hé non
Une crème de jour : Crème nirvanesque de Nuxe
Une marque de produits : Nickel
Ma marque fétiche de maquillage : l’alcool
Un produit must : L’eau de beauté de Caudalie, hu hu !
Mon parfum : Habit Rouge
Mon magazine fétiche : Le Plan B
Tu pars sur une île déserte et tu emportes quoi (trois produits max, sans protection solaire ni rasoir) : Tout Houellebecq, La vie sexuelle de Catherine M et Insoumission à l’école obligatoire de C. Baker.
La femme que tu admires pour sa beauté : Le pire c’est que je n’ai personne à mentionner ici.
La femme dont tu envies le look : Marie-Antoinette
Je me damnerais pour : Avoir l’aisance dans la drague des jeunes juifs plutôt que l’évident malaise des rejetons castrés de la bourgeoisie catholique.
Que signifie pour toi la féminité : La féminité n’existe pas. Pas autrement que comme fantasme de poètes patriarcaux, désireux d’enfermer la femme dans leurs fantasmes de “douceur”, “d’innocence” et de “pureté”, de “gentillesse” et “d’amour”. A un autre degré, cependant, je distingue bien un ensemble de caractères qui semblent définir les femmes : refus du sexe, refus de la jouissance, manque d’humour et de légèreté. Sauf pour la plus jeune génération. Je sens souffler un vent de rébellion : les jeunes pétasses avec qui j’ai l’occasion, de temps en temps, de me bourrer la gueule, remplaceront peut-être l’interminable cohorte de connasses sexophobes mal baisées qui revendiquent aujourd’hui le statut de “femmes”.
Un dernier mot : “Et pour ces ouvriers charmants / Sujets d’un roi d’un Babylone / Vénus laisse un peu les amants / Dont l’âme est en couronne”.
Ton adresse blog fashion/beauté préférée : ici.

Proposées par MC, mise en œuvre possible par le gouvernement proposé par MC.

  • Création d’un “dividende universel” de 300 euros par mois et par personne tout au long de la vie, non suspensif.
  • Blocage des prix et des loyers pour une durée d’un an
  • Augmentation des salaires de 30 %
  • Augmentation de toutes les prestations sociales de 30 %
  • Egalisation des annuités de cotisation à 37,5
  • Passage aux 32 heures de travail hebdomadaire
  • Fin de l’interdiction de travailler le dimanche
  • Organisation d’un nouveau Bretton-Woods visant notamment à l’instauration d’une taxe internationale sur la spéculation des capitaux
  • Plan de destruction des cités-poubelle
  • Réquisition des logements vides selon un contrat de nationalisation temporaire (de 1 à 10 années)
  • Création d’une Agence nationale pour le logement
  • Plan de réduction drastique des effectifs policiers et du budget de fonctionnement du Ministère de l’Intérieur
  • Abolition du système carcéral, ouverture puis destruction de toutes les prisons et lieux de privation de liberté sur le territoire
  • Dépénalisation de toutes les drogues
  • Dépénalisation de la prostitution
  • Désarmement massif, maintien d’une armée légère d’élite.
  • Création d’une autorité de régulation des marchés, du commerce, de la concurrence, de la vérification des recrutements et des licenciements
  • Réforme de la “Justice” visant à débourgeoisifier et dépénaliser les procédures, à réduire la voilure des infractions et à envisager des “peines” sous l’angle unique de la “médiation”
  • Abolition de “l’état civil”, de la distinction de sexe et d’âge
  • Abolition du mariage et de toute forme “d’union stable”
  • Dépénalisation de l’euthanasie
  • Fin de toute politique dite “familiale”, et de toute responsabilisé “familiale”, déliaison juridique des membres d’une même “famille” ; placés en situation d’égalité
  • Fin du caractère “obligatoire” de l’école
  • Fin du caractère “public” des lieux de culte, appelés à n’exister qu’en dehors de l’Etat et de la sphère publique
  • Abolition de la carte d’identité et du permis de séjour (= “régularisation” de tous les sans-papiers)
  • Création d’un Ministère de l’Accueil aux populations du monde
  • Interdiction d’exercer la médecine hors du cadre public
  • Abolition de la TVA et de la taxe d’habitation
  • Interdiction de la voiture dans tous les centres-villes de France
  • Instauration d’un salaire maximum interprofessionnel de croissance (SMIC)

Pour en finir avec LePost

Pas mal de critiques se font entendre contre le site LePost, qui propose un “mix de l’info”. Ici, une démonstration fort pertinente que LePost travaille une sorte de populisme d’extrême droite. Une autre critique, notamment formalisée par Embruns, insiste sur le côté racoleur, démagogique et non-sérieux de l’information (le site cherche en effet à attirer les amateurs de “sexe” ; cf. ses “méta-tags”). On peut rétorquer qu’il s’agit là d’une critique moraliste.

Le plus insupportable, à mon avis, dans LePost, c’est l’infantilisation obscène du lectorat, que les concepteurs fantasment comme imbécile, “volatil” ou “zappeur” (conformément à ce qu’a dû asséner un sociologue des comportements où un détecteur de tendances recruté pour l’occasion). C’est moins la nullité journalistique, le populisme, ou le racolage douteux autour du sexe et du people qui font de ce site une dégueulasse poubelle, que la mise en forme même de “l’information” et du “contenu”.

Les infos sont saucissonnées de façon chronologique, histoire de pouvoir lire la journée comme un vaste scénario, doté de rebondissements. Le plus haïssable ce sont les différentes déclinaisons de rubrique façon “l’info pour les cons”. Déjà, cette substantialisation de “l’info” est tout particulièrement odieuse, mais LePost n’a pas le monopole de cette pratique. Sur LePost (autant que sur TF1), l’info c’est donc aussi bien une interview people qu’un fait divers sanglant qu’une nouvelle loi qu’une chronique qu’une dépêche AFP, etc. A titre personnel, ça ne me gène pas plus que ça ; pour moi le “journalisme” et sa pseudo-déontologie n’existent que comme mythe et n’engagent donc que les gogos qui y croient. Mais cela débouche, dans le cas de LePost, sur des perles de pétainisme comme cette magnifique “info” : “Si la loi Dati était passée, elle serait encore vivante“.

Donc, “l’info pour les cons” : les “antisèches actus”, pour commencer, dispensent bien évidemment l’essentiel de l’info, ce qu’il faut retenir, ou autres formules creuses et avilissantes du même tonneau. Les articles de LePost sont déjà des digests de digest, des dépêches non-reformulées, mais il y a ce nouvel échelon du digest de digest de digest, où les faits sont lissés pour former autant de rubriques d’antisèche. Existe-t-il au monde une catégorie de personne qui a besoin absolument de tout savoir sur l’actualité mais qui a très peu de temps pour la “consommer” ? Y a-t-il au monde un cadre sup, une assistante de direction assez porcins pour être satisfaits de ces “antisèches actus” ? Existe-t-il un sympathique gogo qui explique à ses collègues “Moi, tous les matins, je lis l’antisèche sur LePost, c’est simple et rapide.” ? Je ne puis y croire.

Mais les “antisèches” ne suffisent pas. Il y a aussi le “happy mix”. C’est quoi ? Rigoureusement la même chose. Une antisèche actu, “pour être sûr de rien rater”, de “tout comprendre”, “d’y voir clair”, etc. Toujours la même débilisation forcenée du lectorat. LePost fait mine d’ajuster son offre à la demande, c’est-à-dire de fabriquer un contenu excessivement cheap parce que les lecteurs sont des abrutis ; c’est assez pratique.

Une autre rubrique, fort différente des deux précédentes : “Ça se passe sur LePost”. De quoi s’agit-il ? Encore une fois, c’est exactement la même chose que “l’antisèche”. On pourrait parler d’hyperventilation sémantique, si l’on me permet cette nouvelle locution, pour désigner le découpage “atomique” du signifié, le nivellement par le bas de toutes les significations, ainsi que le résumé à exposant (résumé du résumé du résumé du résumé du raccourci…). La débilisation passe par “l’antisèche”, ce n’est pas un hasard : le lecteur est identifié à un élève pouilleux et tricheur, conçu comme dépassé par ce “monde complexe” et désappointé face à un interrogateur fantasmatique.

Autre rubrique : “la semaine en une phrase”. Chaque semaine se trouve résumée en une seule phrase ; les internautes sont conviés à mettre les mots dans le bon ordre. Diluer encore la matière pour qu’il n’en reste plus rien, après les filtres des happy mix, digests et autres antisèches.

Voilà ce qui est le plus agressif, quand on se promène sur LePost. Pas le sexe, pas la tonalité démagogique et droitière, mais la dilution obsessionnelle et maniaque du sens, la crétinisation du lecteur comme ligne éditoriale ; cette façon de produire et de recycler de la merde au motif qu’elle est demandée alors qu’elle est imposée par l’offre.

LePost n’est pas une poubelle, c’est un charnier.

Voici quelques pensées anciennes que je retrouve… J’étais vraiment jeune et dénué de toute expérience de la vie. Je noircissais quotidiennement des pages… Comme quoi j’étais vraiment un puceau névrosé ! Accueillons ces billevesées de petit frustré à peine pubère avec un grand éclat de rire.

*

Lacan, ça consiste à dire des choses simples sur le mode du conceptuel et de l’hypercomplexe. Que le quidam le reconnaisse, il n’y a rien de plus con que le « stade du miroir », mais il faut voir avec quels termes choisis la vieille fachote nous en parle ! (2004)

*

La parité homme/femme est une prison pour la femme. Comme si la femme avait une façon viscéralement différente de voir les choses et d’agir politiquement. Comme s’il y avait une essence féminine, un « éternel féminin » qui justifierait que hommes et femmes occupent, non pas ensembles, mais concurremment le pouvoir… La féminité, « l’éternel féminin », voilà une nouvelle prison dans laquelle la femme moderne risque de s’enfermer elle-même. La douceur, la compréhension, la sensibilité sociale, la sagesse économique (économie vient du grec oïko, la maison, et nomos, règle : connaître les règles de la maison…) vont devenir les qualités obligatoires des femmes politiques, sorties desquelles elles n’auront plus de légitimité. La parité forcée est plus dangereuse qu’autre chose. (2004)

*

La prime à l’iconoclastie. Celui qui brise l’image, qui s’inscrit en faux contre le cliché, la vue de l’esprit, le poncif, l’évidence du sens commun, celui là gagne la prime à l’iconoclastie. Voilà pourquoi entre une dénomination évidente (pouvoir législatif) et une dénomination originale mais équivalente (pouvoir délibérant), le professeur préfère la deuxième. Briser l’image c’est aussi montrer les correspondances, la synonymie, les autres dénominations. (2005)

*

La substantialisation de la violence par les mouvements « non-violents » interroge. Comme s’il existait la Violence. Comme si partout où il y avait des actes violents, et quelles que soient les configurations, ne se donnait qu’un seul et même phénomène, universel, la violence. (2005)

Epuisantes blogwars

Il y a un mois de ça, je m’émouvais de perdre des places au classement Wikio, places que j’ai largement regagnées, faut-il le préciser. Je citais en exemple Partageons Mes Ânneries qui était largement devant moi, ce qui me paraissait anormal. Son auteur, Nicolas J, l’a apparemment très mal pris. Sur le moment, en effet, il m’a accusé de sous-entendre que ses blogs étaient médiocres, alors que je n’ai jamais pensé une seule seconde !

Plus récemment, alors que tout cela me paraîssait fini, sur quoi je tombe ? Sur ceci : “Ensuite, pendant le week-end, il faudra répondre aux sempiternels cons qui critiquent le classement parce qu’ils n’y figurent pas. « C’est quoi ce bordel ? Le connard de Partageons mon avis est bien positionné alors qu’il n’écrit que des vulgarités sans nom, sans aucune analyse, sans aucune logique alors que moi, qui dispose d’un blog bien écrit, où je passe chaque jour trois heures à faire un joli billet avec plein de mot qui nécessitent un dictionnaire pour comprendre ce que je dis et qui laisse le visiteur positionner lui-même les virgules pour comprendre ce que je dis, reste dans les profondeurs du classement pourtant je suis sûr d’être le meilleur, d’autant que j’ai plus de lien et plus de visites ».”

Tiens tiens ! L’ami n’a toujours pas digéré, on dirait… Un mois après, il est toujours aussi ému par le tombereau d’insulte que je lui ai déversé ! Il faut dire que mon post, à l’origine de cette histoire, était vraiment d’une inoüie violence ! Jugez-en : “Je ne veux pas jouer les aigris devant le succès des copains, mais au classement général Wikio, le Cabinet n’est même pas mentionné alors que figure Partageons mes anneries de Nico ; Sabotage n’a publié aucune note en mars mais grimpe de cinq places…” Que d’insultes ! Que de mépris ! J’avais “dépassé les bornes“.

Etonné et même franchement agacé par ce nouveau babillage à mon endroit, je me fends d’un “Tiens, J me vise dans un de ses sous-blogs“. Réponse de l’intéressé : “Non, ce n’était pas toi [qui était visé], mais ça aurait pu“. Ah ! Soulagement ! Même si je n’y crois pas une seule seconde.

Et puis hier, que vois-je sur mon blog ? Ceci : “J’ai une autre possibilité : ne serais tu pas qu’un branleur apte à étaler la culture et à aligner les mots ?” Oh ! Exactement ce qu’il reprochait à “quelqu’un d’autre” mais qui, soi-disant, ne me visait pas ! Et je me fais traiter de “branleur” sans avoir moi-même proféré la moindre parole d’hostilité à ce sympathique blogueur. C’est plutôt sympa.

Bref, tout ça pour dire qu’il n’assume même pas de me viser dans son sous-blog, c’est lâche. Parait-il que je ne travaille qu’à ma gloire et non à celle de la gauche. En plus d’être un “branleur” qui “étale sa culture” et “aligne les mots”. Et ben ! Je m’en prends plein la gueule. C’est totalement injustifié selon moi. Pas de blogwar, cependant, je laisse couler. Ainsi n’ai-je répondu qu’un modeste “blabla” à son commentaire agressif.

(photo)

Moi

Je suis né avec la tare douloureuse d’être quelqu’un qui réfléchit. Cérébral absolu, à force d’efforts, je me suis fait apôtre du corps et j’ai pu atteindre une totale superficialité, synthétisant le concept nietzschéen de Surhomme. Lol. “Les Grecs étaient superficiels par profondeur”, a écrit Friedrich. Mais en dépit de mes épisodiques plongées dans le monde de la pétasserie, je reste un jeune homme trop lucide et trop intelligent. Autant dire que je ne suis pas vraiment heureux - toujours à la limite de la dépression légère. Il n’y a pas de cause à cette vague angoisse persistante, pas de cause autre que ma pratique quotidienne, la remise en question permanente de tout - et donc de moi - qui est le fondement même de la psychosociosophie. “Danser au bord des abîmes”, selon Friedrich.

Aussi consommé-je, ce n’est un secret pour personne, des produits plus ou moins addictifs, dérivatifs, palliatifs, etc. (Peut-on cependant considérer une substance entactogène comme dérivative ? Pas à mon sens).

Si je sais écrire, je n’ai pourtant que peu de talent pour la fiction. Théoriser le geste infinitésimal, cela je sais le faire, cristalliser l’éphèbe dans la chair de mes phrases, cela je sais le faire. Ça donne, littérairement, une suite de micro-théories du quotidien et de scènes où se frottent les corps, mais absolument nul élan narratif pour “structurer” l’ensemble, pas de glissements cinématographiques ni de suspense haletant.

J’ai l’impression d’être meilleur pour la non-fiction.

25ème blog politique français, c’est bien.

Eric Loret ne me répond plus, je ne sais pas pourquoi, c’est pas gentil de sa part.

En guise de post, une excellentissime répartie de Your Dog pêchée sur un groupe Facebook, en réponse à un type. Voici d’abord ce qu’écrivait le type en question :

Comparer Sarkozy à Hitler et faire ce genre de rapprochement, ce n’est ni plus ni moins que banaliser cette période et la Shoah. C’est absolument répugnant. Tu n’as pas vécu cette période. Crois-moi, si tu l’avais vécu, tu n’écrirais pas ce genre d’imbécilités.

Voici maintenant la répartie de Your Dog.

Abruti
Comparer ne veut pas dire assimiler.
Si le but de ton post est de me rappeler que nous ne sommes pas en 1933, je te suggère à l’avenir de ne pas faire ce genre de commentaires.
Autrement, non je n’ai pas connu le régime nazi, et d’ailleurs toi non plus, donc tu n’es pas spécialement plus habilité que moi à en parler, merci.

Et non je ne banalise pas la Shoah (et d’ailleurs l’horreur nazie ne se limite pas à la Shoah, merci de mentionner également les homosexuels, communistes, anarchistes, tziganes, franc-maçons et opposants en tous genres qui ont connu eux aussi les délices du camp d’extermination), tandis que toi tu banalises les délires extrémistes du régime actuel tout en “virtualisant” le nazisme, que tu places dans un écrin spatio-temporel qui n’autorise aucun rapprochement d’aucune sorte avec aucun régime ayant suivi (sauf lorsqu’il s’agit de ces méchants communistes je suppose, ouhouhouh !)

Ça déboucherait un chiotte tant c’est incisif et pertinent à la fois.

France 2012

Voici donc le gouvernement que j’ai dessiné pour 2012 :

President de la République intérimaire : Olivier Besancenot

Premier Ministre intérimaire : José Bové

Ministre du changement constitutionnel : Arnaud Montebourg

Ministre des solidarités économiques : Clémentine Autain

Ministre des solidarités sociales, de la transformation sociale et du dividende universel : Serge Halimi

Ministre des conditions de travail et des loisirs : Susan George

Ministre des Affaires étrangères, du codéveloppement, de la solidarité internationale et de l’accueil aux populations du monde : Alain Badiou

Ministre de l’Education Sociale, de l’enseignement supérieur et du temps libre : Michel Onfray

Ministre de la Justice et de la réforme judiciaire : Thierry Lévy

Ministre des luttes contre les insécurités sociales, de la réforme de la police et de la lutte contre la répression : Catherine Baker

Ministre de l’Egalité et de la Liberté : Marcela Iacub

Ministre de la pluralité médiatique et de la liberté d’expression : Christiane Restier-Melleray

Ministre de la Culture : Catherine Millet

Ministre de la décroissance, du développement durable, des finances et de l’aménagement du territoire : Cécile Duflot

Ministre de l’Ecologie, de l’agriculture verte et de la dépollution : Noël Mamère

Ministre de la Santé, de la Recherche, de la Science et de la Technologie : Aurélie Trouvé

Ministre du Logement : Yves Salesse

Secrétaire d’Etat aux questions militaires et au désarmement : Benoît Hamon

« Par ce discours, hormis le vide abyssal en terme de proposition qu’il laisse comme vague arrière-goût, c’est une France d’avant-hier qui se profile: celle qui valorise le travail, la famille et les frontières, celle qui parle d’honneur, celle qui fait la guerre pour maintenir la cohésion nationale ».

Anne Souyris, porte-parole des Verts (source)

Un bon résumé, me semble-t-il, de ce “moment” de télévision que je me suis forcé à regarder in extenso. Je n’ai pas retenu grand chose, cela dit, je serai donc incapable d’en faire une espèce de décryptage. J’ai quand même souri quand l’homme aux rats s’est mis à bafouiller, ulcéré par le ton légèrement agressif de “Mâme Auger”.

Notons qu’il a quand même dit “La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde” ; alors qu’il ne s’agit pas d’accueillir la misère du monde mais des gens.

Notons qu’il nous a demandé si on préférait “laisser faire” ces “Talibans qui coupent la main des femmes lorsqu’elles mettent du vernis à ongle” ; alors qu’il y a des degrés entre soutenir le régime Taliban et guerroyer avec l’Otan.

C’est tellement gros… Partout, cette façon de grossir, grossièrement, la position de l’adversaire pour mieux la disqualifier… C’est tellement facile… La Chine ? Vous préférez que la France face un bras d’honneur à un milliard et demi d’habitants ? Les OGM ? Vous préférez qu’on abandonne toute recherche sur des aliments qui peuvent supprimer la faim dans le monde ?

Il n’y a pas de degrés, avec Sarkozy, c’est “moi ou le Chaos” ; “Si je faisais rien contre l’insécurité, vous me reprocheriez de ne rien faire !”. Espérons que ça commence à lasser, d’ailleurs le Sarkozy d’hier, en plus d’être moins à l’aise que les fois précédentes, a tellement rabâché ses gros arguments, ses grosses formules, que même le populo est fondé à pousser un soupir de lassitude. Il a d’ailleurs ressorti trois ou quatre fois des choses qu’il sort depuis au moins deux ans, au mot près : sur les droits de succession, sur le “travailler plus”, sur le bouclier fiscal…

Travail, Famille, Guerre, “Fierté d’être Français”, frontières, Honneur, etc. La terre, elle, ne ment pas.

C’est Bakchich qui balance l’info.

L’excellent logiciel, qui n’est pas sans rappeler, comme le titra naguère Menstrues Délétères, “les fifiches de la Kommandantur”, est donc déjà là…

Et comme Bakchich est en mesure de le révéler, MAM une sacrée cachottière. Car loin d’être en phase d’expérimentation, le logiciel honni est déjà en vigueur dans la plupart des polices de France. Une note confidentielle de la direction de la Sécurité publique du 29 février dernier précise, en effet, que la base de données Ardoise est déjà implanté dans 694 commissariats de France, de Navarre et d’Outre-Mer. Soit l’ensemble des services s’occupant de sécurité publique.

Ce sympathique outil permettra au moindre filc de passage de savoir si vous fréquentez une pute, si vous êtes pute vous-mêmes, ou syndicaliste, ou pédé, ou alcoolique, ou si vous avez des troubles psy, si vous “consommez des stupéfiants”…

Essentialisme quand tu nous tiens ! Que la police vous croise une fois en tenant par le bras une personne du même sexe : vous êtes fiché(e) comme “homosexuel(le)” ! Quand on vous pique avec une pincée de chanvre : “usager de stupéfiant” ! Peu importe si c’est la seule et unique fois que vous commettez ces actes, peu importe si, un jour, à la dèche, exceptionnellement, vous tarifez vos charmes : vous serez catalogués comme vous “livrant à la prostitution” ! C’est totalement débile. Une scoliose et quelques fractures consécutives à un accident vous obligent à utiliser un fauteuil roulant ? Attention ! Croisez la flicaille et vous voilà répertorié comme “handicapé”.

C’est profondément con, c’est profondément répressif. Si la police vous croise avec une substance illicite et qu’Ardoise n’oublie pas de révéler que vous êtes un “usager de stupéfiants”, le bleu sera fondé à parler de “récidive”, et vous voilà prêt pour les peines plancher. Bref. Toute une mentalité totalement conne, que n’importe quel pékin un tout petit peu éduqué saura récuser comme essentialisante. Il n’y a pas “d’homosexuels”, “d’usagers de stupéfiants”, de “prostitués”, “d’usagers de la prostitution”. Il y a des situations. Situation avec de la poudre au nez, situation d’homosexualité, situation de handicap.

Mais que la police et son ministère flirtent avec d’odieuses pratiques, que la répression soit inefficace et criminogène (et qu’elle soit malgré ça étendue ad nauseam par Sarko et Dati, de façon stupidissime), ça, il faut bien le concéder, ce ne sont pas de simples “situations”, ce sont des faits ; et là nous sommes fondés à essentialiser.

Vivre avec le climat

Je reposte ici un texte magnifique signé d’un jeune blogueur désormais introuvable. Rédigés dans une perspective queer, ses posts comptent parmi les plus radicaux qu’il m’ait été donné de lire. C’est sans doute la cause de la disparition de son blog. S’il passe par ici et veut que je retire ce texte, qu’il me le signale.

Le présent texte est le seul que j’ai pu garder ; j’avais enregistré l’intégralité de son blog sur mon précédent ordinateur portable dont l’écran est irrémédiablement cassé. Si je le retrouve la machine et que j’en fais extraire le disque dur, peut-être pourrais-je un jour vous faire partager d’autres pans de son œuvre…

Vivre avec le climat

On nous afflige ces derniers temps d’une propagande universaliste que je trouve de plus en plus pénible au sujet du climat. On parle de déréglement climatique, comme si le climat était réglé, grand retour au mythe de l’intelligence de la nature, on inflige à tous une responsabilité présentée comme nécessaire et évidente, incontournable, alors qu’elle relève bien d’un ensemble de valeurs non explicites: responsabilité de perduration de l’espèce, autrement dit de reproduction, violence du discours reproductionniste hétérosexuel, responsabilité des pays riches sur les pays pauvres, autrement dit néo-colonialisme, la notion d’espèce en voie de disparition me paraît totalement absurde, comme si une espèce ne pouvait pas disparaître alors que c’est comme ça que fonctionne la sélection naturelle, on est dans un zoo anthropocentrique totalement burlesque, “que sera la planète pour nos enfants”, comme si 1. nous avions une responsabilité intrinsèque sur les générations futures 2. nous étions dans un état du monde optimal qu’il faudrait perdurer, alors que nous sommes capables d’adaptation, le développement technologique nous dispensant de plus en plus de la référence nature 3. les générations à venir ne peuvent être vues que comme victimes passives. Des discours idéologiques violents traversent l’inculquation massive et universalisée de ces nouvelles responsabilités pour nous, Dominique Voynet me donne envie de vomir.

Je refuse d’indexer mon mode de vie sur le taux de rejet de CO2 de ce que je fais. Je vois dans le réchauffement de la planète le spectacle d’une vie, à une époque d’entertainment je ne comprend pas ce qui nous prend (enfin ce qu’il prend aux politiques) d’en faire une cause d’auto-flagellation coupable. On a passé l’automne le plus doux depuis 5 siècles, et au delà de la douceur, j’ai ressenti dans la société, du moins ce que j’en captais, les conversations, la télé, le vertige, délicieux, du changement. La tempête de hier était encore un événement dans l’ennui quotidien, l’homme qui s’est fait scalper par une enseigne à Paris est devenu une micro-légende urbaine qui a fait souffler une légère brise de terreur sur la ville. Vit-on pour s’ennuyer et s’infliger des travaux, le tri sélectif, ou pour faire flirter notre pauvre corps sensible avec l’extérieur stimulant? Bref je veux pas m’attarder sur ce côté contemplatif, parce que ça a un côté trop littéraire et il faudrait le déconstruire sous le prisme capitaliste-sexuel.

Je pense que ce “changement” climatique peut avoir un impact bien plus intéressant, peut être le développement d’un nihilisme jubilatoire allant avec les nouvelles configurations de confort sexuel. Dans le bus cet après-midi un mec trentenaire est rentré avec son fils dans les bras et ils m’ont fait terriblement pitié. Je voyais ce type qui avait accompli cette tâche de reproduction, qui maintenant accomplissait les tâches, mécaniques, de la vie de famille, et ces vieilles qui le regardaient avec tendresse, parce qu’elles aussi avaient travaillé, avaient répété ces tâches sans jamais en sortir. Mais le futur était infini, la responsabilité de reproduire la vie, bien que construite socialement, trouvait une poétique dans une vision idéaliste humaniste, on pouvait croire à une grandeur quelconque de ce sacrifice de sa propre vie parce qu’il y avait le encore et encore. Aujourd’hui en 2050 on sait que tout déjà sera différent, 2050 c’est potentiellement notre vie, l’avenir a une date de péremption. Ce type avec son fils avait l’air périmé, comme un modèle désuet, plus en accord avec son temps, je le voyais travailler devant moi alors que moi j’avais les yeux fixés dans le vide, j’avais le vertige du rien, je jubilais à l’idée de construire et reconstruire et rereconstruire mon système capitaliste-sexuel en détruisant ou en exacerbant les valeurs assimilées par la couche de normalité, j’avais envie de hurler en choisissant mon shampoing pendant un quart d’heure au Monoprix. Avoir une date limite met le quotidien dans l’urgence, encore plus si tout change autour, les valeurs de postérité et de responsabilité explosent, une terreur s’installe, productive. On inflige aux vieilles générations un travail ultime, celui de conserver une atmosphère telle qu’elle est à un temps T, je crois qu’à partir de la mienne la tendance sera au je m’en-foutisme post-conservateur, il n’y a plus besoin de conserver puisque les technologies permettent de reconfigurer, constamment, de toute façon on a qu’une vie, pour l’instant. D’ailleurs la mort est devenue aux Etats Unis une maladie, et non plus une fatalité (”la mort fait partie de la vie” nous disait-on), des entreprises promettent de la guérir d’ici un moment. Rezog amène un flot de nouveaux mecs, qui ne sont plus homos ni hétéros, mais dans un au delà post-sexuel, fuyant le travail encore assigné aux pratiques hétéronormées pour activer leur corps d’autres manières, dans une vague performance masculine. Vivre avec le nihilisme c’est le projet.

Ainsi, alors que le patronat français s’avère incapable de garder au travail les plus de 50 ans, (la France tient le record du monde de l’inactivité des 50 ans et plus), tout ce qu’on a trouvé à faire est de supprimer la loi Delalande, qui en taxant le licenciement des papys, avait été mise en place par Jospin pour enrayer le phénomène. (loi supprimée par loi n° 2006-1770 du 30 décembre 2006 )

Par contre, on continue à exiger des dits papys qu’ils travaillent dans un monde où personne ne veut les embaucher: on supprime la « dispense de recherche d’emploi » dont ils bénéficiaient entre 57 et 60 ans, et on veut les garder à l’établi jusqu’à 61 ans! Que de drames en perspective…

Pour ma part, j’avais obtenu cette fameuse dispense sans la demander, d’ailleurs, mais vu la maigreur des indemnités du chômage, j’avais quand même essayé de trouver du travail à 58 ans. Car une dispense n’est pas une interdiction… On m’a carrément ri au nez ! Non seulement personne ne songe à s’adjoindre les services d’un chef opérateur de cet âge, mais on m’a carrément suggéré de cesser de rêver ! Tout ce que j’ai trouvé était une place de livreur, mon âge étant un gage de prudence au volant, à un salaire très inférieur à mes indemnités de chômage, et même encore très inférieur à la moitié de mon dernier salaire… A mon grand regret, j’ai donc commis l’incivisme de ne pas devenir chauffeur-livreur et de continuer à parasiter la république en percevant un chômage pour lequel j’avais quand même cotisé trente huit ans sans discontinuer. Avec toutes mes excuses.

Si ce n’était que ça… Car on nous tond, mais ce n’est pas pour tricoter. On nous détricote même au contraire. Chaque jour apporte sa ration de rationnement avec une régularité à laquelle les plus fatalistes finissent par s’habituer… Qu’est ce qu’il nous a piqué ce matin? Les cartes de famille nombreuses… le remboursement des lunettes (13€!!, c’est harpagonesque !), les alloc avec une « réforme » dans laquelle « les familles ont tout à gagner » quand elles écoutent TF1, mais où elles perdent 600€ quand elles regardent leur calculette… L’obligation faite aux chômeurs d’accepter n’importe quel boulot…L’allocation de rentrée qui va elle aussi, être « réformée ». [...]

A lire en intégralité ici ce long billet d’humeur particulièrement pertinent, et portant ce titre, doux à mes oreilles : “La France en caleçon“. La liste des thèmes abordés révèle l’ampleur du désastre : services publics, hôpitaux, prix du gaz, RSA, Chine et olympisme, Benedictus Vaticanus aux USA, et l’actualité de l’homophobie.

Voilà une procédure tout à fait passionnante : l’UMP, simple parti politique, créé un site consacré aux 40 ans de Mai 68, et dont l’objectif est de diffuser une doctrine révisionniste.

Pourquoi est-ce passionnant ? Parce que, comme le note Badiou, nous sommes là en face de professionnels de la politique qui construisent une vision du monde totale. Un immense méta-discours, capable d’épuiser le réel : économie, société, culture, valeurs… Badiou compare les programmes politiques classiques de la droite, souvent comptables (baisser les charges patronales de x %, le déficit, le trou de la sécu, la dette, le temps de travail…) et le programme sarkozyste, qui propose d’informer l’histoire, de la relire (Mai 68 comme point de fracture du XXème siècle, point avant lequel l’on fantasme un eldorado à jamais perdu, et à partir duquel commence une vaste et totale déréliction). Cette façon d’identifier des points, dans l’histoire, qui fragmentent le temps et génèrent des événements, ça s’appelle de la métaphysique, d’une certaine façon.

La métaphysique UMP, la théorie-monde UMP, propose donc quelque chose qui explose les cadres classiques du programme politique. Voilà l’Histoire, voilà le Temps, voilà le Progrès, voilà le Devenir, voilà le Réel, nous disent Sarkozy et son parti. Deux renversements sont à l’œuvre : primo, la politique ne s’organise plus comme l’hiatus entre une gauche idéologique et romantique et une droite gestionnaire et pragmatique, mais entre une gauche qui aspire à devenir gestionnaire et une droite qui se construit un système idéologique. Secundo, la droite revendique légitimement le rôle de locomotive politique, obligeant la gauche à suivre et à s’adapter ; d’où qu’elle peut prétendre incarner le progrès contre une gauche qui serait conservatrice, la liberté contre une gauche qui serait bureaucratique.

Sur Mai 68, la droite propose une authentique historiographie, une grille de lecture, qui s’articule à un programme politique bien défini. Le slogan phare du site l’illustre parfaitement : “Mai 68 40 ans plus tard : la jeunesse qui bouge a changé de camp“. Le travail idéologique de la droite, très actif et relayé en profondeur, consiste à poser les jalons d’une vaste révision de l’histoire. La gauche est sectaire. La gauche est conservatrice. La gauche est fossilisée. La gauche est réactionnaire. La gauche est liberticide. La droite est en mouvement. La droite défend la liberté, le progrès, la fête, l’épanouissement. “Renversement de toutes les valeurs”, dirait Nietzsche.

Cette ambition révisionniste est, du reste, totalement assumée : “Pendant 3 mois, Benjamin Lancar et toute son équipe vont animer, autour de thématiques liées à la jeunesse des rencontres et des conventions ayant pour objectif de faire bouger les lignes et d’instaurer les conditions d’une véritable « révolution culturelle » à droite.” Il faut établir cette révision : la jeunesse qui a fait Mai 68, aujourd’hui, soutiendrait Sarkozy, toutes les valeurs de Mai 68 sont des valeurs sarkozystes et inversement. Défaire les connotations, les symboliques, et établir la profonde identité entre “jeunesse”, “rébellion”, “liberté”, “mouvement”, “dynamisme”, “progrès” et “sarokzysme”.

L’argumentation, pour autant, n’est pas très bien rodée. Jeune, le sarkozysme ? Libertaire ? Rebelle ? Seulement dans des acceptions très restreintes et modernisées de ces mots. Il est toujours possible de qualifier de “jeune” la politique gérontocratique de Sarkozy ; de même que la Chine se dit “démocratique” ou qu’un plan de licenciements massif s’appelle un “plan social” : les mots, au fond, peuvent à peu près tout le temps s’adapter ; on peut assez facilement qualifier quelque chose de tout et son contraire. C’est tout simplement la “dialectique”. La théorie-monde sarkozyste s’appuie sur une redéfinition réductrice et dialectique de grands thèmes centraux positivement connotés. C’est très bien joué, mais ça reste assez fragile. Quel membre de “UMP Grandes Ecoles” se prend vraiment pour un “rebelle” ? Combien, dans cette association, croient sincèrement, purement et authentiquement, être des “libertaires”, identifiables à “la jeunesse qui bouge” qui fît 68 ?

On peut conjecturer que ces gens ont vraiment le sentiment de “bouger” et de “faire bouger”, d’être des apôtres de la fête et du mouvement - pourquoi pas ! Mais même les néolibéraux, me semble-t-il, savent bien qu’ils ne défendent pas “la liberté”, comme ils le prétendent, mais une liberté, bien circonscrite, qui va d’ailleurs à l’encontre d’autres libertés qui lui sont contradictoires. Il y a une clairvoyance, à droite. Sans quoi ils n’auraient pas besoin de toutes ces machines de guerre révisionnistes pour asseoir la pureté de leur cause.

L’important, c’est de montrer que la “liberté” défendue par l’UMP, le “mouvement”, la “fête”, “l’épanouissement” promus par la droite sarkozyste sont sans commune mesure avec la vraie liberté totale, le vrai mouvement, la vraie fête absolue, l’épanouissement général. Ce n’est pas très compliqué. Il manque à l’UMP la correspondance entre le discours idéologique et le spectacle du monde qu’elle propose : superposez le discours historique de droite aux jeunes UMP des Grandes Ecoles ; il n’y a là pas beaucoup de “liberté”, “d’épanouissement”, de rébellion festive et ravageuse où l’épiphanie des sens fait rage. Il y a plutôt des gens dynamiques, pressés, bien habillés ; dont la mobilité, réelle, est conditionnée par le travail, le respect de la hiérarchie et des impératifs de gestion ; dont le sens de la fête est subordonné à une temporalité bien précise, à un régime économique lourd, et dont l’épanouissement, éjaculé à la face du monde, n’intervient que sous la férule univoque d’une réussite économique, professionnelle et sociale.

Ont-ils l’air heureux comme l’était la jeunesse de 68 ? Peut-être, pour les plus mystiques, qui croient sincèrement à l’entreprise, au travail, à l’argent. Mais il manque à leur existence, pour être comparable à celle des étudiants de l’époque, l’intervention de la violence, du sexe, des expériences d’autonomie, des drogues, des utopies constructives, etc.

Le révisionnisme de l’UMP a ses limites parce que la jeunesse sarkozyste ne connaît pas grand chose de la vie et utilise des définitions restrictives des grands thèmes soixante-huitards ; mais surtout parce que cette jeunesse de Grandes Ecoles n’a absolument aucun ennemi. Riches, fils de riches, dans un pays gouverné par les riches, pour les riches, l’idéologie que l’UMP déploie se heurte à sa propre toute-puissance. Aisément mobilisable face à des fantômes et des fantasmes (syndicats tentaculaires, bureaucratie soviétique, code du travail nord-coréen, etc.), elle supporte difficilement le choc avec une réalité qui fait son lit et qu’elle informe profondément depuis trente ans. Elle suffit, cependant, à faire gagner la droite ; face à une gauche particulièrement faible idéologiquement, et qui prend le chemin de la disparition complète en faisant coïncider “rénovation” avec “droitisation”.

Mode CSP on

Quand va t’on enfin leur botter le train avec énergie pour les envoyer sur les bancs de l’école ?? Nous payons tout un tas de prof à rien foutre pendant toutes ces manifs , ils ne sont pas en grève eux !!

L’éducation nationale est une épave et réduction ou pas d’effectifs, l’épave restera la même.

Je dis un grand parents [sic] aux parents démissionnaires qui autorisent leurs enfants à manifester !

J’imagine que la frange gauchiste du corps enseignant faisait partie de la récréation !

Devant ces manifs estudiantines politisées par tous les trockistes de France et de navrre y en a mare ! Qu’attendez vous NS pour lâcher les CRS, la police l’armée, la gendarmerie devant tous ces revanchards qui ne rêvent que de faire un remake de mai 68? Il faut que ça cesse la chienlit nous en avons par dessus la tête.

Il faut faire payer les degats par les organisateurs ainsi qu’au meneur elle et joli la releve

Pauvre France qu’a tu fais de tes enfants ?????

Le laxisme de la police et de la justice est un terrau fertile a ses delinquants. La police doit les cueillir sans menagements et la sentance prononce dans l’heure de leur arrestation

Liberté de tout casser : voila la difference entre la democratie a la française et la chine.

Ici.

Puisse cette jeune et belle France romantique bousiller vos vitrines de petits commerçants haineux.

Vous aurez reconnu le style et le modus operandi du timonier CSP. Que ce billet lui soit dédié.

Le chaos

Le raidissement ultralibéral que l’équipe Sarkozy fait vivre à la France est un momentum tout à fait historique.

A l’instar de la période pré-révolutionnaire marquée par les réformes manquées de Turgot et Necker ou de la guerre sociale menée par Maragaret Thatcher dans les années 1980, cette époque va laisser durablement des traces, elle engage le pays sur des décennies dans de grandes tendances.

Santé : Bachelot annonce la fin du remboursement de l’optique (dans un pays vieillissant, l’optique n’est pas une branche comme une autre, soit dit en passant) ; ce sont les mutuelles (privées, payantes) qui prendront en charge ces dépenses, sous réserve qu’une saine concurrence s’installe entre elles (comme, mettons, la saine concurrence qui existe entre les opérateurs de téléphonie, ou entre les enseignes de grande distribution). Près de 5 millions d’assurés n’ont pas de mutuelles ni assurances complémentaires de santé. A commencer par moi. Santé encore : franchise médicale, augmentation du coût de la consultation, déremboursements, suppression de postes dans les hôpitaux, collusion entre la pharmacienne Roselyne Bachelot et le lobby pharmaceutique.

Sécurité : Par sécurité, je le rappelle, j’entends cette mise en réseau des appareils coercitifs internationaux en vue d’organiser une violence physique et psychologique contre des gens réputés méchants. La sécurité, c’est la violence. Il faut le marteler sur tous les tons, c’est devenu une évidence de ce siècle depuis le parcours de la flamme olympique chinoise (et plus généralement depuis la révolution conservatrice et la fin de l’hégémonie 68). Sécurité, donc : peines plancher, rétention de sûreté, logiciel nazi… Les solutions à la violence proposées par Rachida Dati vont toutes dans le même sens : plus de “fermeté”. Ce qui veut dire plus de punition, soit des peines plus longues. Or, depuis trente ans, les peines de prisons ne cessent de devenir plus longues sans que cela ait la moindre incidence sur la baisse des chiffres de la délinquance (au contraire), parce que la prison, en plus d’être l’endroit où la torture et la sauvagerie concentrationnaire subsistent, est une école de la récidive, une pompe à délinquance dont l’inefficacité est millénaire et universelle. Bref, sur les mineurs, le Figaro l’annonçait hier : Dati veut augmenter la fermeté des peines carcérales.

Education : le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, c’est très strictement synonyme de lycées de ZEP et de ZUP désertés. C’est comique : les gens de droite sont catastrophés par la violence dans les cités, à proprement parler ça les terrifie, mais ils signent des deux mains pour qu’il y ait toujours moins d’éducateurs qui puissent moraliser cette racaille. On se plaint que le niveau baisse, mais on entasse 80 élèves de terminale S dans un amphi pour leur apprendre les mathématiques. Enfin, le malthusianisme a fait son grand retour, puisqu’il faut maintenant connecter directement les études supérieures de la jeunesse française avec les exigences du marché du travail ; l’économie gouverne ce que des gens vont faire de toute leur vie. C’est un peu le retour du moment industriel, celui de Germinal, où la masse gâchait sa vie à travailler en usine ou à la mine de dix ans jusqu’à la mort. Fin de l’art, de la musique, de l’histoire ancienne, des langues rares, de la littérature, et, partant, de la recherche fondamentale. Diminution de toutes les prestations.

Chômeurs : deux offres d’emploi à 70% du salaire précédent et avec moins de deux heures de transport par jour ne sont pas refusables. Or, “si vous avez 1h de transport à faire par exemple en train : quel va être le coût mensuel de ce transport sur votre nouveau budget réduit de 30% ?“. Ajoutons une chose : n’importe quel diplômé d’HEC est compétent pour trouver un poste de plongeur dans un bouiboui, la compétence n’est pas reliée au niveau de diplômes ou d’expérience, construire un marché du travail tout-puissant fondé sur l’adaptabilité permanente porte en germe le risque d’un affaissement général des compétences et la sous-utilisation des capacités. Pendant qu’à la sanction du chômage, le gouvernement ajoute des sanctions financières, il continue de radier des listes de l’ANPE des dizaines de milliers de noms à travers un arsenal comptable, c’est ainsi que la France, miracle, a un taux de chômage exceptionnellement faible en ce moment (alors que la croissance est exceptionnellement ralentie… Comment nos économistes libéraux et sarkozystes, chantres de la croissance comme remède miracle à tous les maux, expliquent-ils ce paradoxe ?).

Finance : le dégraissage de l’Etat à tout-va, dogme sacralisé par des décennies d’hégémonie idéologique du néolibéralisme, se fonde sur trois mythes structurants régulièrement mis à mal par les économistes sérieux : le mythe de la dette de l’Etat, qui est la pire tartufferie des trois. Le mythe du déficit comme anomalie de gestion financière. Le mythe du trou de la sécu, analysé de façon magistrale dans un livret qui porte ce titre (aux éditions Raison d’Agir). Ce sont donc ces idoles modernes, ces hypostases qui sont à l’origine de décisions qui sont de nature, dans notre pays et dans le monde, a susciter le chaos. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, c’est une prime aux vieux et une barrière à l’emploi pour les jeunes. Les vieux peuvent tranquillement rester en poste jusqu’à la retraite, mais leur emploi n’est pas remis sur le marché pour un jeune (un raisonnement signé Emmanuel Todd sur le plateau de Ripostes). Une preuve de plus que le néolibéralisme est par nature une régression.

Une société d’école désertes, où la santé est privatisée, les chômeurs malmenés, les délinquants torturés ad vitam, c’est une société de la loi de la jungle ; à tous les titres le programme que Sarkozy est en train de mettre en œuvre est un programme qui mène au chaos. Son régime, d’une inouïe violence, consacre un État minimal, régalien, qui, dans ses tâches sécuritaires, utilise des méthodes orweliennes et concentrationnaires à la fois (rare alliance de l’archaïsme le plus crade et de la technologie la plus glaciale). Un État démissionnaire sur tous les plans où il peut assagir la société et la tirer vers le haut, où il peut stimuler l’épanouissement et les solidarités.

Sarkozy l’a dit, il le fait ; les municipales sont passées. Les Français le méritent ? Je ne le crois pas : ignorants, ils n’ont pas compris, au moment de l’élire, ce dont Sarkozy était le nom. Ils n’y ont vu que du feu. Ils ont cru à son discours, extrêmement bien rodé. Face à une rhétorique totalement dépolitisée, uniquement présentée sous les atours de phrases simples, d’antiennes et de bon sens populaire, ils se sont jetés dans les bras d’un sauveur, comme l’Italie, comme tant de peuples dans l’histoire.

La politique antisociale de ce gouvernement n’est bonne ni pour les riches, ni pour les pauvres ; parce qu’elle est tout simplement morbide, personne ne peut y gagner, elle va contre l’humain, si l’on veut. Le néolibéralisme, en ratatinant les structures de bien-être dont l’humanité s’était dotée, fait de ce monde une jungle dont la violence croît chaque jour.

Aujourd’hui, le soleil passe à travers ma fenêtre ; la société, je la contemple - c’est le chaos.

Voici les formidables atouts que ce nouveau logiciel des forces de police développe :

Ardoise prévoit de renseigner des caractéristiques personnelles de toute personne entendue comme victime, témoin ou auteur au cours d’une procédure. Les agents utilisant ce logiciel devront renseigner la rubrique «état de la personne» et établir un profil de la personne en cliquant parmi les thèmes suivants: «homosexuel», «transsexuel», «handicapé», «sans domicile fixe», «personne se livrant à la prostitution», «travesti», «relation habituelle avec personne prostituée», «personne atteinte de troubles psychologiques», «usager de stupéfiants», «permanent syndical»… Près de 90.000 employés des forces de l’ordre seront, à terme, formés à l’utilisation de ce logiciel.” (source)

A lire à ce sujet :

Menstrues Délétères, “Les fifiches de la Kommandantür”

Carnets de nuit, “Grâce à Ardoise, mon cul c’est du poulet ?”
Citons ce distingué blogueur : “Signe d’ouverture, oubli ou négligence, apparemment, aucune case “gitan” ou “juif” n’est prévue.

Premièrement, la France n’est aucunement en faillite. Comme tout compte de patrimoine, le compte de l’Etat comporte un passif, la dette, mais il inclut également les actifs qu’il détient. La différence, positive, représente 38 % du PIB. Chaque nouveau-né voit en vérité le jour avec un crédit de 11 000 euros.

Deuxièmement, nos marges de manoeuvre sont en particulier plus grandes qu’outre-Atlantique. Il existe une abondante épargne intérieure qui fait cruellement défaut aux Etats-Unis. Dans l’Hexagone, elle deviendrait excédentaire si l’Etat ne la mobilisait pas pour compenser le déficit d’investissements privés qui pénalise la croissance française. Parce que cette épargne est friande d’obligations d’Etat, réputées extrêmement sûres, l’agence France Trésor peut émettre des titres à très bas taux d’intérêt pour financer une relance budgétaire. Il n’y a donc aucun problème pour financer la politique publique. Le “paquet fiscal” a ainsi été financé grâce à la dette. Il ne provoque malheureusement pas le choc fiscal initialement escompté. [...]

Le plan de rigueur n’est justifié à l’aune d’aucun argument macroéconomique sérieux. Il n’est indispensable que dans la perspective d’un respect dogmatique du pacte de stabilité, dont Romano Prodi disait qu’il est une stupidité. L’application du pacte de stabilité est en effet à l’origine du “paradoxe de la dette” : la dette publique s’est accrue au cours de ces quinze dernières années au cours desquelles les gouvernements ont appliqué des politiques censées réduire le poids de l’interventionnisme public. Contrairement à une idée reçue, la montée inexorable des déficits n’est aucunement due à une explosion des dépenses de l’Etat et de ses dépenses de fonctionnement. La part des dépenses publiques dans le PIB est restée inchangée depuis vingt-cinq ans, autour de 53 % du revenu national. [...]

Le creusement de la dette publique ne provient donc pas de l’inflation de dépenses publiques, mais de la chute des recettes fiscales qui résulte de la baisse du rendement de l’impôt, induite par les réformes fiscales engagées depuis 1993, et de l’inefficacité des politiques “de l’offre”. Celles-ci se sont avérées incapables d’emmener la croissance française à son taux potentiel, supérieur à 3 %.[...]

Elle est aujourd’hui [la dette] supérieure à 64 %. Il n’y a pas d’exception française en la matière.

Malgré leur zèle à comprimer les dépenses publiques, cinq autres pays de l’Eurogroupe ne parviennent pas à respecter la limite d’un taux d’endettement de 60 % du PIB, fixé par le pacte de stabilité. Le taux d’endettement du Portugal est de 65 %, celui de l’Allemagne de 68 %, celui de la Belgique de 89 %, celui de la Grèce de 105 % et celui de l’Italie de 107 %.”

Trop de rigueur tue la rigueur, Liêm Hoang-Ngoc dans Le Monde du jour

Merci au socialiste Liêm Hoang-Ngoc (qui est économiste, maître de conférences à l’université Paris-I) pour cet article clair, net, précis, qui démontre l’incroyable faiblesse économique de la droite et des rhétoriques néolibérales, et qui confirme, par retour de bâton, la totale ignorance et le discours parfaitement “politique” et politisé de Jean-Michel Aphatie sur la rigueur.

En des temps où il est prévu de massacrer l’Etat social à la tronçonneuse, de faire monter la consultation du médecin à 23€, de privatiser l’hôpital public, de vider les écoles de leur personnel enseignant, il est urgent de s’insurger contre le monde que la droite néoconservatrice néolibérale est en train de nous fabriquer…

C’est le résultat d’un sondage (qui me fait bien plaisir) publié ici. Enfin ! Les gens commencent à comprendre…